Savez-vous que Sainte-Verge n'a pas de curé ?
L'affaire remonte à un conflit qui opposa en 1930 le conseil municipal, l’évêque et la population. Le litige ? La hausse du loyer du presbytère de 150 francs par an, ce qui est une somme très faible et révèle que l'histoire est éminemment symbolique. Une affaire de principe sur fond de laïcité : Qui du maire, de l’évêque ou des électeurs font la loi ?
Ci-dessous un article de presse qui fait le point, six mois après le début des hostilités.
Thouars, 17 juillet (dépêche Petit-Parisien)
Peu après son élection, la municipalité de Sainte-Verge décida que le
loyer du presbytère serait augmenté. Le curé, M. Vergniau, fit savoir
qu’il ne payerait pas cette augmentation, se conformant en cela aux
ordres de l’évêque de Poitiers.
Un grand nombre d’électeurs signèrent une protestation contre la
décision prise par le conseil municipal. Le maire, M. Bouteau, proposa
alors à ses collègues de se montrer conciliants, mais ce fut en vain.
Alors le maire démissionna. Il fut remplacé par M. Ernest Piet, qui, au
cours de plusieurs réunions, parfois tumultueuses, tenta vainement
d’obtenir des conseillers l’annulation de leur vote.
Le bail de M. Vergniau étant arrivé à expiration à la fin du mois
dernier, il vient, conformément à la loi, d’être signifié au curé
d’avoir à quitter son logement.
Le curé de Sainte-Verge a porté cette nouvelle à la connaissance de ses
paroissiens au cours du dernier office dominical. En leur faisant ses
adieux, il leur a annoncé que ses préparatifs de départ étaient faits,
mais qu’il ne quitterait sa paroisse que lorsqu’il serait expulsé par
des agents de la force publique.
Le Petit-Parisien – 18 juillet 1930
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Par Père Igor — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4355374 |
Précisons deux trois choses avant de poursuivre :
- La décision du conseil municipal fait suite à une recommandation du préfet.
- Le presbytère est la propriété de la commune depuis 1905, c'est d'ailleurs à cette époque que la mention "Liberté Égalité
Fraternité", toujours visible aujourd'hui, a été apposé sur un coté de l'église. C'est dire si ce climat dans la commune ne date pas d'hier.
- Le refus de l'évêque vise à ne pas créer de précédent dans le diocèse. D'autres communes ont aussi voulu augmenter les loyers des cures, dont Louzy, Saint-léger-de-Montbrun, Missé ou Saint-Varent, mais ont abandonné.
- La protestation dont il est fait mention est une pétition qui compte 204 signatures pour 280 électeurs dans la commune, soit près des 3/4 des électeurs.
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Sainte-Verge, au début du XXè siècle. |
Poursuivons,
L'expulsion tarde à venir et entre-temps - rebondissement ! - se tient une élection complémentaire car trois conseillers municipaux ont démissionné. Dans le contexte, ce vote a valeur de référendum sur le conflit qui agite la commune.
Le 16 novembre, les urnes rendent leur verdict :
256 votants, dont 4 bulletins nuls sur 280 inscrits.
Liste du maire. — MM. Bourdin, 107 voix ; Reignier, 106 v. ; Alexandre, 105 v.
Liste opposée. — MM. Bobin, 142 voix ; Guilbault, 141 v. ; Boutet, 140 v.
La liste du maire prend une raclée, il faut toutefois noter qu'on ne retrouve pas tout à fait les 204 opposants signataires de la pétition et qui étaient présentés comme des électeurs de la commune.
En réalité, ces trois nouveaux élus ne changent pas la donne au sein du conseil municipal et, malgré le désaveu évident des urnes, le maire ne revient pas sur sa décision. Le curé est finalement expulsé le 26 novembre 1930 par le commissaire de Police de Thouars (voir ci-contre).
Voilà pourquoi il n'y a pas de curé à Sainte-Verge.