vendredi 4 mars 2016

"Nous autres"

Nous Autres, Eugène Zamiatine. Roman écrit en 1920, censuré en URSS dès 1923 et jusqu'en 1988, une traduction française paraît en 1929.

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Extraits

"Nous autres" est un roman subversif et toujours actuel, un roman de science-fiction qui prend l'apparence d'un journal écrit par un certain D-503 (c'est son nom) dans un futur lointain. Le narrateur nous y raconte que "l'Etat Unique" est sur le point d'établir enfin le "Bonheur". Comment ? Grâce aux mathématiques et, écrit-il, "il nous appartient de soumettre au joug bienfaisant de la raison tous les êtres inconnus [...] qui se trouvent peut-être encore à l’état sauvage de la liberté. S’ils ne comprennent pas que nous leur apportons le bonheur mathématique exact, notre devoir est de les forcer à être heureux." Ah ! Forcer le bonheur, l'idée peut paraître révoltante, c'est que vous n'avez pas encore lu les argumentaires précis et rigoureux qui démontrent que la liberté est criminelle et ô combien il est bon de n'être qu'un petit rouage dans la grande et belle mécanique de l'Etat bienfaiteur. Vous n'avez pas pris conscience non plus que nous, pauvres humains du XXè siècle, nous sommes encore des "sauvages" ne connaissant rien de la civilisation, à l’exception de quelques prémisses : les uniformes, le travail à la chaîne et la musique militaire.

Vous l'aurez compris, ce livre fait mal à la tête, il est mordant, vraiment, car il ne se contente pas de décrire une société haïssable, il nous y confronte et tente de nous y attirer. N'avez-vous jamais entendu dire qu'on pouvait multiplier sans souci le nombre de gendarmes car ils ne menacent que ceux qui ont quelque chose à se reprocher ? Dans "Nous autres" les gendarmes sont les "Gardiens" du "Bonheur" et les murs des maisons sont en verre pour que rien ne soit caché. Tout y est lisse, limpide, parfait ou presque... car demeure tout de même une inconnue dans cette grande équation, une femme qui perturbe beaucoup D-503, un X comme un grain de sable prêt à enrayer la grande machine.


Zamiatine se considérait comme un hérétique, il le fut toute sa vie. Censuré par le tsar, il fut bolchévique dès 1905. Les bolchéviques une fois au pouvoir le censurèrent à leur tour. En 1920 il écrivait : "Seule l’hérésie fait vivre le monde, elle est la source de toute création". Il a raison, la création est forcément et par définition en dehors de la norme.



Nous autres, Eugène Zamiatine, éditions Gallimard, coll. « L'Imaginaire »

A commander chez Brin de lecture et/ou à feuilleter au Café des Arts

 



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