vendredi 6 février 2015

Les nourritures terrestres

Dans "Le Cinquième Livre" Rabelais s'en prend au carême. Sans surprise l'adepte de la bombance déteste cette pratique d'abstinence qu'il accuse d'ailleurs de tous les maux, à commencer par celui de rendre malade ceux qui s'y adonnent. Il note également un effet contradictoire, à savoir l'influence réciproque de la privation de nourriture sur l'activité sexuelle, laquelle augmente par effet de compensation. L'idée a de quoi énerver les curés de l'époque et pourtant Rabelais appuie son analyse sur un cas réel - et thouarsais forcément :

"Au papier baptistere de Touars, plus grand est le nombre des enfans en Octobre & Novembre nez, qu’es dix autres mois de l’Annee, lesquels selon la supputation retrograde, tous estoient faits, conceus, & engendrez en quaresme."

Je vous mets une traduction approximative :

"Dans les registres du baptistère de Thouars, plus grand est le nombre des enfants nés en octobre et novembre que les dix autres mois de l'année. Par calcul rétrograde, ces enfants ont été faits, conçus et engendrés en carême."  


L'argument semble imparable quoique frère Jean rétorque tout de même :  

"Je, dist frere Jean, escoute vos propos, & y prens plaisir non petit : mais le Curé de Jambet attribuoit ce copieux engrossissement de femmes non aux viandes de quaresme, mais aux petits questeurs voultes, aux petits prescheurs bottes, aux petits confesseurs crottes : lesquels damnent, par cestuy temps de leur empire les ribaulx mariez trois toises au desoubs des grifes de Lucifer. A leur terreur les mariez plus ne biscotent leurs chambrieres, se retirent à leurs femmes".

Toujours une traduction approximative (en respectant la couleur du texte) :

"J'écoute vos propos, dit frère Jean, et y prends grand plaisir : mais le curé de Jambet attribuait ce copieux engrossissement non aux viandes de carême, mais aux petits quêteurs voultes, aux petits prêcheurs bottes, aux petits professeurs crottes : lesquels damnent les maris volages trois toises au-dessous des griffes de Lucifer. Terrorisés, les maris ne biscotent plus leurs femmes de chambre et retournent vers leurs femmes".

A chacun sa vérité !


0 commentaires :

Publier un commentaire

Pour vous aider à publier votre commentaire, voici la marche à suivre :
1) Ecrivez votre texte dans le formulaire de saisie ci-dessus
2) Si vous avez un compte, vous pouvez vous identifier dans la liste déroulante "Commentaire"
Sinon, vous pouvez saisir votre nom ou pseudo via Nom/URL dans cette même liste.
3) Et cliquer sur Publier.

 
Copyright 2009 Le café de la ville . Powered by Blogger Blogger Templates create by Deluxe Templates . WP by Masterplan