mardi 13 janvier 2015

Paroles de thouarsais - épisode 3

Il y a dix ans, l'ethnologue Aurélie Melin a mené une enquête sur Thouars. Il s'agissait non pas de décrire la ville telle qu'elle est mais telle qu'elle est perçue par les thouarsais et les autres.

Il faut imaginer une étudiante venue de Poitiers tenter de comprendre ce qu'est "Thouars". Pour ce faire elle a recueilli des témoignages forcément subjectifs, voire carrément folkloriques ; la réalité en ressort toute tordue et pourtant bel et bien reconnaissable : c'est comme ça Thouars, c'est un esprit particulier et des histoires qu'on aime se raconter sans vraiment chercher à respecter la vérité. Elle a dû bien s'amuser Aurélie Melin dans ses pérégrinations thouarsaises.    

Aujourd'hui, les "cercles" ! Objets tout à fait mystérieux pour notre ethnologue qui semblait ne pas en savoir grand'chose avant son expérience en thouarsais :

[...] Il y aurait lieu aussi de s'arrêter sur le Pied de biche, qui est l'appellation d'un cercle privé « d'obédience masculine ». Il est situé dans le quartier du musée municipal dont notre interlocutrice du moment ne connaît que la plaque apposée sur le seuil de leur local et qui représente, semble-t-il, un pied de biche, alors que plus tôt, nous avait été évoquée l'enseigne Patte de bœuf (sic). Mais elle-même, comme d'autres ne savaient pratiquement rien, semble-t-il, à propos de ces fameux cercles sur l'existence desquels nous insistons un peu, dans l'espoir d'une confirmation étayée ou d'une dénégation ferme et motivée.

[...]

La réputation du cercle de la rue Marie-de-la-Tour-d'Auvergne arrive jusque dans la presse locale. Bien entendu au travers de leurs animations, mais aussi pour des activités informelles pour lesquelles ils n'ont pas à être spécialement cités. Ainsi, un court article décrivant un canular fait à un commerçant lors d'un Premier avril proposait d'aller trouver les responsables à tel endroit. Pour cela il faut déjà connaître l'adresse du cercle, la rue en question n'étant qu'assez peu fréquentée, en dépit de la proximité du Musée Henri Barré.

Plus tard, une rencontre opportune nous permet de toucher de plus près au milieu des cercles. Nous trouvons une ouverture au Pied de Biche. Une femme ne peut y entrer sans être accompagnée d'un des sociétaires, aussi, notre accompagnateur, qui devait renouveler sa carte de membre, se proposa-t-il de nous emmener, à la condition expresse d'accepter de boire un verre de blanc ou de rosé, c'est-à-dire de trinquer avec eux, convivialité oblige ! ajoutant non sans fierté :

« Puis, je suis membre de la plus vieille société thouarsaise. »

Comme l'était avant lui son grand-père qui l'emmenait, dés l'âge de sept ans, sur les terrains de jeux du cercle. Aussi nous expliquera-t-il sans détours ce qu'est un cercle avec pour exemple le Pied de Biche :

« C'est, on peut le dire, une société d'alcooliques anonymes (sic!, sic !). Le Pied de Biche date de ... 1796, je suis pas sûr. C'est une ancienne union fraternelle, d'entraide qui fonctionnait un peu comme une [???] Je pense qu'elle était le cercle externe d'une structure maçonnique thouarsaise, puisque le Thouarsais a eu des loges maçonniques très importantes jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, voilà donc, c'est sans doute ces sociétés du Thouarsais. Maintenant, c'est beaucoup de chasseurs et de gens qui aiment bien boire, avec un certain âge aussi. Mais là, il y a un renouvellement beaucoup plus clair que dans toutes les autres sociétés. C'est marrant, la tradition de boire un coup se maintient bien ! Donc il y a des jeunes ... enfin je m'entends, j'ai quarante ans je me considère comme jeune. Il y a une forte population d'anciens bien sûr [...] Je crois qu'il y a sept cents membres. Actifs, il doit y en avoir trois cents (sic !) »


En réalité, le Cercle de l'Union, dit aussi le Pied de Biche, existe depuis 1839, et, nous dira le trésorier de la société, le fondateur était compagnon-charpentier. Et il s'y boit, selon lui, sept mille litres de vins blanc et rosé par an, pour seulement cent soixante membres (sic !).


D'autres cercles existent sur Thouars, notamment deux autres, voire trois : La Résistance, et La Joyeuse, ou encore, le Foyer laïc. Il arrive que des habitants soient sociétaires de plusieurs sociétés, l'important étant d'apprécier la convivialité locale et d'y apporter sa chaleur et son énergie vitale. Cependant, ces cercles n'échappent pas aux catégories et clivages sociaux. Aussi, notre cicérone ne manqua-t-il pas, en sage mentor, de nous prévenir, en cas d'une trop grande curiosité de notre part :

« Mais, on va jamais là-bas ! Ce sont des patrons, sont plus élevés que nous. »

 in Approche ethnographique de la ville de Thouars, Aurélie Melin, 2004  




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