mardi 16 décembre 2014

Paroles de thouarsais - épisode 1

Il y a dix ans, l'ethnologue Aurélie Melin a mené une enquête sur Thouars. Il s'agissait non pas de décrire la ville telle qu'elle est mais telle qu'elle est perçue par les thouarsais et les autres.

Il faut imaginer une étudiante venue de Poitiers tenter de comprendre ce qu'est "Thouars". Pour ce faire elle a recueilli des témoignages forcément subjectifs, voire carrément folkloriques ; la réalité en ressort toute tordue et pourtant bel et bien reconnaissable : c'est comme ça Thouars, c'est un esprit particulier et des histoires qu'on aime se raconter sans vraiment chercher à respecter la vérité ; même la rationalité la plus élémentaire en prend parfois un bon coup dans le cornet. A lire certains de ces témoignages, elle a dû bien s'amuser Aurélie Melin dans ses pérégrinations thouarsaises.    

En voici un morceau avec au menu du jour, "la théorie des climats" :

Ainsi, Bressuire, Parthenay et Thouars ont, toutes trois, des caractéristiques historiques et géographiques opposées, ce qui selon ce même Thouarsais, adepte de la théorie des climats, sans s'y référer explicitement, serait à l'origine des comportements des habitants :

« Mais il n'empêche que... on est sur un secteur où il y a du vignoble, autour de Thouars. Et le vin a une importance ici qui est différente ; ça veut pas dire que les gens de Bressuire boivent pas, mais ici on fait de la production... ça donne quelque chose de particulier dans les mentalités. Ça veut dire aussi que la pierre, et la terre n'est pas la même que dans le Bocage. Là-bas ils sont sur le granit, là on est sur le calcaire, on peut dire que ça joue sur les tempéraments. Ici on est moins des rocs, peut-être plus friables, mais peut-être aussi qu'on est plus réceptifs. »

Un autre habitant, d'origine bressuiraise, va encore plus loin et la lutte entre les deux territoires, selon lui, se joue jusque dans la pédologie (sic) :

« [...] on dit que le sol joue : Bressuire est sur le granit, c'est une pierre froide le granit. Thouars est sur la pierre blanche, le tuf et c'est chaud. Quand vous arrivez à la butte de Bruyère, en s'en allant sur Bressuire, c'est là la coupure. »

Nous pouvons voir ici une manière de se différencier, une fois pour toute, du reste du département, et surtout du Nord Deux-Sèvres.
À Bressuire même, cette façon de voir et de se décrire réciproquement était présente, en tout cas à l'époque dont nous parle ce Thouarsais d'origine bressuiraise.

« Et le cordonnier [de la rite Bujot à Bressuire] disait à ma mère : « [...] Quelqu'un qui mange des huîtres à Thouars les met sur sa poubelle, puis celui qui n'en a pas mangé lui prend des coquilles sur son assiette pour faire voir qu'il en a mangé. Alors qu'à Bressuire, celui qui mange des huîtres va aller mettre directement ses coquilles sur la poubelle du voisin pour pas qu'on sache qu'il a mangé des huîtres. La différence de mentalité, et c'est bien ça.. et ça reste. »

 in Approche ethnographique de la ville de Thouars, Aurélie Melin, 2004

Carte lithologique du Nord-Deux-Sèvres. En rouge le granit, en bleu le calcaire.
 

 Très bientôt, un nouvel épisode
des "paroles de thouarsais".




0 commentaires :

Publier un commentaire

Pour vous aider à publier votre commentaire, voici la marche à suivre :
1) Ecrivez votre texte dans le formulaire de saisie ci-dessus
2) Si vous avez un compte, vous pouvez vous identifier dans la liste déroulante "Commentaire"
Sinon, vous pouvez saisir votre nom ou pseudo via Nom/URL dans cette même liste.
3) Et cliquer sur Publier.

 
Copyright 2009 Le café de la ville . Powered by Blogger Blogger Templates create by Deluxe Templates . WP by Masterplan