vendredi 20 juin 2014

Une fontaine pétrifiante

Dans le thouarsais, les fossiles on connaît, il n'y a qu'à se pencher, on en trouve partout, des strates entières, au point même de leur avoir donné notre nom : Le Toarcien. Mais le phénomène ne s'est pas arrêté avec le temps, encore aujourd'hui des fossiles sont en cours de pétrification, ailleurs surtout, au fond des mers sûrement, et aussi par chez nous - en accéléré qui plus est - dans les quelques fontaines pétrifiantes qui s'écoulent ici ou là, mais en secret, car ces lieux insolites sont bien souvent aussi précieux que des coins à champignons.

Il en est une merveilleuse quelque part dans la vallée du Pressoir, non loin de la cascade de Pommiers. Elle est merveilleuse parce qu'elle est difficile d'accès, il faudra sortir des sentiers battus, se frotter aux orties, pourfendre des buissons épineux, s'émerveiller d'une nature si luxuriante...



...s'étonner encore de ce que le lierre cohabite avec les arbres plutôt que de les étouffer...


...voir le balai étrange de l'eau qui joue avec le feu...


...et enfin, au bout du périple, une traînée laiteuse qui tranche le sombre du sous-bois.


Une feuille dans son cocon de calcaire.
Tout ce qui tombe dans ce prodigieux ruisseau se transforme aussitôt en pierre : les brindilles, les noisettes, les feuilles, les escargots... Le spectacle est plus que stupéfiant, il est proprement médusant. Imaginez plutôt : le phénomène est si rapide que les feuilles pourtant si fragiles en conservent même leurs nervures intactes. Elles sont désormais pareilles à des statues finement ciselées par un maître-sculpteur de génie et qui n'est autre que la Nature elle-même. Nul talent ne rivalise avec elle, pourrait-on dire, quoique... à quelques mètres à peine, on voit aussi à l’œuvre le talent des hommes : des bouts bâches en plastique et des morceaux de tôle rouillée qui viennent gâcher un paysage qui se voulait idyllique.



Dans mille ans peut-être, à l'instar d'un Alcide d'Orbigny, d'audacieux géologues viendront recueillir ici des échantillons pour connaître la composition de l'air de notre époque et analyser ce que furent les prémices du cataclysme qui se préparait. Ils voudront comprendre pourquoi leur ciel s'est enfoncé dans un brouillard ténébreux, pourquoi les espèces végétales n'existent plus à l'état sauvage, et enfin pourquoi ils doivent porter en permanence des masques à gaz dès qu'ils s'aventurent hors des villes désormais confinées sous d'énormes cloches climatisées ; les humains y auront trouvé refuge et s'y seront découverts emprisonnés par leur propre orgueil, l’orgueil d'une espèce qui s'était crue tout permis. Alors, pleins de regret et de haine pour leurs aïeux imbéciles, ils ressasseront un vieil adage que personne n'avait su comprendre : "Quand l'air libre deviendra poison, la liberté perdra son nom".

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