mercredi 20 novembre 2013

Les amours contrariées

La place St-Médard,
lieu des exécutions publiques.
Dessin de E.Breillat (sa)
400 ans après les faits, il est grand tant de condamner l'erreur judiciaire qui coûta la vie à une innocente thouarsaise, laquelle fut injustement conduite au bûcher. 

C'était le 20 janvier de l'an 1600, le tribunal royal de Paris avait à traiter une sombre affaire de mœurs qui s'était déroulée quelques mois plutôt à Thouars. Les juges, rendant leur verdict, reconnurent le dénommé Hilaire Collas coupable : 
"d'avoir plusieurs et souventes fois commis et perpétré actes de sodomie détestable avec la vache noire mentionnée au présent procès criminel (ndr : la vache appartenait à un dénommé Robert Fortin).

En conséquence ladite Cour ordonne que Collas Hilaire sera conduit dans un tombereau jusqu'à la potence qui sera pour cet effet dressée sur le marché en place publique de Thouars et que lorsqu'il sera monté au haut de l'échelle appuyée sur la potence : la vache sera assommée, et ensuite son corps brûlé dans un feu qui sera allumé auprès : ceci fait ledit Collas Hilaire sera pendu à la potence ; et ensuite son corps brûlé avec le même feu où ladite vache aura été consumée : et leurs cendres jetées au vent."

Source : Procès faits à divers sodomites jugés au Parlement de Paris, tome I, p. 162-164
(orthographe modifiée pour une meilleure lecture)



Chers lecteurs, chers concitoyens,
 cher jurés populaires de ce procès en révision improvisé,

Après avoir examiné de près les actes du procès, il apparaît qu'un vice de forme entache sérieusement la condamnation prononcée par les juges de l'époque. En effet, le dénommé Hilaire Collas eut beau nier les faits qui lui étaient reprochés, même sous la torture puisqu'il est mentionné qu'il "[fut appliqué] à la question", de nombreux témoignages l'accablent tant et si bien que sa culpabilité ne fait pas de doute. En revanche, et là je m'insurge, mesdames et messieurs les jurés, oui je m'insurge car, rendez-vous compte, personne n'a pris le soin de recueillir le témoignage de la vache. De ce fait on ne peut pas déterminer avec précision si ladite vache était ou non consentante. Comment dès lors statuer sur la responsabilité de ma cliente ? Nous ne le pouvons pas, nous ne le devons pas !

En l'absence d'éléments à charge contre la vache à Robert Fortin et parce que le doute doit bénéficier à l'accusée, je réclame la réhabilitation sine die de ma cliente et vous devez, chers jurés, accéder à cette requête.

Je vous pose la question : n'y a-t-il pas eu suffisamment de barbarie dans cette histoire ? Pensez un peu à cette vache qui aurait dû vivre paisiblement, paître dans les vertes prairies, une marguerite au coin de la bouche. Et au lieu de cela : la mort ! Oui, la mort ! Mesdames et messieurs les jurés. Et non seulement la mort mais encore le déshonneur et l'injure d'avoir vu ses cendres mêlées à celles de son probable agresseur. Quel infâme traitement ! Honte aux juges ! Honte à ces juges qui ont érigé en loi l'ignominie la plus abjecte qui soit !

Heureusement, Mesdames et messieurs les jurés, il n'est pas trop tard pour que justice soit faite et elle doit être faite car, vous le savez, rien ne se perd dans ce monde, et les cendres hier jetées au vent sont toujours là, quelque part, nous en respirons aujourd'hui d'infimes particules sans nous en apercevoir, nous respirons la barbarie de nos aïeux qui s'insinue en nous sans que nous ayons même le réflexe d'éternuer pour la rejeter. Ceci est insupportable et c'est pourquoi je lance, afin de purifier l'air encore vicié de la place Saint-Médard, une souscription dans le but d'ériger un monument à la mémoire de la vache noire à Fortin. Rien de grandiloquent, je vous rassure, juste une petite bricole symbolique pour marquer le coup et libérer notre conscience, disons qu'une statue en bronze grandeur nature devrait faire l'affaire.



Esquisse du projet pour l'édification d'un monument à la mémoire de la vache noire à Fortin.



1 commentaires :

alain le bec a dit…

je soutient ce projet à 100%. il est en effet important de rendre justice, ceci sans limite de temps. j'ai même oui dire que ladite victime aurait été traitée de "grosse vache" durant sa crémation. Mais bon je n'ai aucune preuve, cela reste du bouche à oreille.

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